Koren Gallery - Erró : Maître de la figuration narrative
Erró, né Guðmundur Guðmundsson en 1932 en Islande, construit très tôt une relation forte avec l’image. Après une formation à Reykjavík, il poursuit ses études à Oslo, puis en Italie, où il découvre la mosaïque et affine sa technique. Ces années sont essentielles : elles lui apportent une maîtrise précise du dessin, de la composition et des matériaux.
En 1958, il s’installe à Paris. Ce changement marque une étape déterminante. Il y rencontre des artistes liés au surréalisme, explore de nouveaux courants et développe une culture visuelle extrêmement large. Cette période nourrit les fondements de son style futur, fondé sur l’observation critique du monde moderne et de ses images.
La naissance du langage Erró : le collage-peinture
Au début de sa carrière, Erró pratique la peinture et la gravure. Pourtant, c’est le collage qui devient rapidement le cœur de son œuvre. Dès la fin des années 1950, il découpe, assemble, juxtapose. Il combine fragments de magazines, publicités, bandes dessinées, images politiques ou photographies de presse.
Ce processus lui permet de créer un univers visuel saturé, dense et immédiatement reconnaissable. Le collage n’est pas un simple outil, mais un système narratif. Erró construit des scènes où des images issues de contextes différents se rencontrent. Une logique d’accumulation apparaît : les plans se superposent, les personnages se croisent, les références culturelles se confrontent.
Après un séjour à New York dans les années 1960, son style s’affirme encore davantage. Il intègre l’imagerie pop, les icônes médiatiques et l’esthétique de la culture de masse. Ses compositions se font plus vastes, plus colorées et plus engagées.
Un artiste engagé et critique du monde contemporain
L’œuvre d’Erró porte un discours clair sur les systèmes de pouvoir, les médias et la société de consommation. Il utilise l’image comme langage critique. Ses séries consacrées à la propagande politique, au consumérisme ou à l’idéologie militaire en témoignent.
L’humour et la provocation occupent une place importante. Erró aime créer des tensions visuelles : il confronte des images incompatibles, met en scène des figures historiques aux côtés de personnages de fiction, ou détourne des symboles politiques. Ses tableaux deviennent ainsi des espaces de lecture, remplis d’allusions, de références et de commentaires.
Reconnaissance institutionnelle et importance pour les collectionneurs
Erró est aujourd’hui considéré comme l’un des piliers de la Figuration narrative. Ses œuvres figurent dans de grands musées internationaux et font l’objet de nombreuses expositions. En 1989, il fait don de plusieurs milliers d’œuvres à la ville de Reykjavík, constituant une collection de référence.
Pour les collectionneurs, Erró offre une valeur historique majeure. Ses œuvres reflètent l’évolution de l’image au XXᵉ siècle : publicité, propagande, culture populaire, mondialisation visuelle. Chacune de ses compositions fonctionne comme un document culturel, mais aussi comme un objet esthétique puissant.

